Street Fighter : The Movie (Arcade)

Un improbable mélange entre Street Fighter et Mortal Kombat, né d’un merchandising douteux d’un un film détesté des joueurs, ça vous tente ? 

 

Poupées russes

Vers le milieu des années 90, forte de son succès en arcade et sur consoles, la saga Street Fighter sera amenée à se diversifier en lançant des épisodes parallèles à ceux de la trame principale. C’est ainsi que nous aurons droit à toute une série de cross-over avec l’univers Marvel ainsi qu’à des opus tout en 3D avec la série des Street Fighter EX. Mais le tout premier épisode sortant de l’univers habituel sera Street Fighter : The Movie, adapté du film avec Jean-Claude Van Damme. Un jeu tiré d’un film tiré d’un jeu ? L’idée peut paraître saugrenue aux fans de la saga, mais tout à fait juteuse pour les personnes en charge des produits dérivés du film ! Le jeu sortira en Août 1995 en arcade, soit juste 2 mois après Street Fighter Alpha et sera développé par Incredible Technologies et non par Capcom (certainement déjà au boulot sur SFA2, ou juste peu confiants dans le projet) qui se contentera de jouer le rôle d’éditeur.

Approchons-nous de la borne, pièce en main, et tentons de faire abstraction de cette appréhension qui nous gagne. Un nouvel épisode de Street Fighter tiré d’un film que beaucoup trouvent médiocre, développé par les types qui ont commis Time Killers, un jeu de baston gore dont les sprites semblent avoir été dessinés par un gosse… Voila qui est un peu angoissant. Bon, d’un autre côté, le film s’était permis tellement de libertés par rapport au matériau de base (ou n’en n’avait juste rien à faire…) que ça peut donner un univers totalement inédit pour des personnages que l’on connaît bien. Pour rappel, dans le film, Blanka et Charlie sont une seule et même personne, Chun-Li, Honda et Boxeur sont journalistes, Dhalsim est un scientifique et Guile est le personnage principal !

 

 

Mortal Fighter ou Street Kombat ? 

Allez, c’est parti ! START ! … … … ouch ! Si vous vous attendiez à du changement, vous allez être servi. Le jeu n’est plus du tout dans un style manga coloré, mais affiche des sprites numérisés à partir des acteurs du film, un procédé similaire à celui utilisé pour Mortal Kombat, ce qui donne d’ailleurs aux deux jeux des airs de famille ! Un SF à la sauce MK ? Moi qui suis fan des deux titres (si, si, c’est possible), je commence à reprendre espoir dans le projet ! 

Malheureusement, l’espoir est de courte durée. Même si les sprites sont plutôt réussis, très grands, colorés et détaillés (on reconnaît facilement Van Damme ou Kylie Minogue), leur animation est d’une raideur sans nom et ils progressent dans un environnement kitschissime. Qu’il s’agisse des décors, du lettrage, de l’interface ou des coups spéciaux, tout fait faux, froid,mal intégré, artificiel et sans âme. C’est dommage car certains arrière-plans proposent des animations de fond sympa, quelques bonnes idées d’éclairage (reflets, nuit, feu…) qui s’appliquent sur les sprites des personnages mais ils sont souvent peu inspirés, voire carrément moches, à l’image du marais qui rappelle un très gros vomi de pixels. Mention spéciale à tous les effets « pyrotechniques » comme les boules de feu, qui ne s’intègrent pas du tout avec l’aspect photoréaliste recherché.Côté ambiance sonore, on n’est pas vraiment mieux lotis avec des musiques totalement insipides et sinistres, ainsi que des bruitages peu convaincants. Les impacts de coups manquent de pêche et les acteurs prononçant les noms des coups spéciaux nous font regretter SF2. On se rassurera en se disant que les musiques de SF2 sont écoutables ingame en entrant une courte combinaison de touches au VS screen, mais ça n’est pas vraiment intuitif.Globalement, on a l’impression que cet épisode se veut plus sombre, plus sérieux et plus adulte que les SF habituels… ce qui n’est pas vraiment cohérent avec l’ambiance du film, pour le moins décontractée ! Pour l’ambiance, je soupçonne d’ailleurs fortement les développeurs d’avoir volontairement lorgné du côté de Mortal Kombat : on a du sang (un peu), un niveau avec des personnages enchaînés en arrière-plan (comme dans MKII) et une collection de ninjas-clones-cyborg aux couleurs différentes (Blade et les 3 persos cachés). Vous pensez que c’est juste un hasard ? Alors pourquoi un niveau s’appelle « Kommand Center », avec un K ? C’est une référence assumée ou je ne m’y connais pas !

 

 

On veut Docteur Dhalsim ! 

Vous l’aurez compris, Street Fighter The Movie ne brille pas par sa forme, qu’en est-il du fond ? Le jeu propose 14 personnages directement sélectionnable dont 12 proviennent directement de Super Street Fighter II X et 2 exclusifs, issus du film : Captain Sawada et Blade. A ce casting plus que correct, s’ajoutent 3 persos cachés, visuellement très proches de Blade. On regrettera l’absence de Blanka, Dhalsim, Dee-Jay, T-Hawk et Fei-Long  et on s’étonnera de voir Akuma alors qu’il est totalement absent du film (et vu son look de freluquet, on s’en serait bien passé).

Côté mode solo, c’est plutôt pénible. Certes la difficulté est plutôt bien dosée et progressive sur les 5-6 premiers matchs, mais elle devient rapidement infernale avec un Dictator d’une violence inouïe en guise de boss de fin. Il faudra nécessairement battre l’ensemble des 14 combattants du casting pour voir la fin, ce qui paraît très long pour un jeu arcade.

  

 

Ambitieux néanmoins !

Côté gameplay, on retrouve les bases posées par les autres épisodes de la saga avec les 6 boutons, les coups spéciaux, les chopes et les supers, fraîchement introduits dans 2X. Même niveau manip, on retrouve facilement la quasi totalité des coups spéciaux présents dans 2X en suivant les mêmes combinaisons de touches. On pourrait donc penser ne pas être dépaysé, mais c’est sans compter sur tout un lot de nouveautés propres à cet épisode. Déjà, de nombreux coups spéciaux inédits font leur apparition, dont certains sont un peu étranges, à l’image du fouet de Cammy et du lancer de braclets cloutés de Chun-Li (si je voulais en remettre une couche sur l’inspiration MK, je parlerais aussi du grand écart « casse-noix » de Guile). Ensuite, chaque perso dispose désormais de 2 Super : un bleu et un rouge. On continue avec l’apparition des « interrupt moves », une sorte de contre-attaque déclenchable après une garde avec une très courte combinaison de touches propre à chaque perso. On a droit également  droit à des « comeback moves », qui ne peuvent s’effectuer que lorsque la barre de vie est très basse et affiche « Danger », de quoi rendre les fins de rounds plus intense. Il existe également des sortes de coups EX permettant de faire plus de hits (parfait pour débuter un combo) qui s’activent à base de maintient de boutons (par exemple, Ryu fera un tasu plus efficace en maintenant Pied, en effectuant un quart de cercle arrière et en lâchant Pied). Niveau chope, il est désormais possible de s’en échapper (Escape) ou de les retourner contre l’ennemi (Counter). Enfin, on peut aussi convertir sa barre de Super pleine en points de vie via l’appui long de 2 touches, là encore propres à chaque personnage.

Vous l’aurez compris, Street Fighter the Movie offre une base de gameplay d’une richesse rarement vue. Malheureusement, à vouloir trop en faire, le jeu perd le joueur dans une avalanche de manips à connaître.  Et comme chaque technique demande une combinaison de touches différente pour chaque perso, il est difficilement concevable de penser pouvoir maîtriser beaucoup de combattants. Dommage. Mais le plus gros souci ne vient pas de là : si le gameplay est riche et original sur le papier, il est très rapidement mis à mal par les nouveaux timings, délais et hitbox qui n’ont plus rien à voir avec SF2. Le côté « balai dans le cul nerveux » des personnages n’arrange rien et il vous faudra de longues minutes d’adaptation pour trouver le feeling et espérer faire quelque chose de construit avec votre combattant. Très laxiste sur les délais entre les coups, le jeu vous permettra cependant d’enchaîner un peu tout et n’importe quoi, surtout en juggle dans les coins, à la manière d’un MUGEN, ce qui peut s’avérer assez marrant avec des combos impressionnants mais pas forcément gratifiants.

Au final, passé quelques matchs où l’on s’amuse à enchaîner 4 dragon punch, on constate que la maniabilité peu précise n’est pas du tout à la hauteur de la ribembelle de coups et techniques offertes par le jeu. Et comme l’impact des coups est affreusement mal retranscrit, tant au niveau visuel que sonore, les combats deviennent vite brouillons, ennuyants, voire sans intérêt.

 

 

La même dans le salon ?

Street Fighter The Movie sera porté sur les consoles à la pointe de la technologie à l’époque : la Playstation et la Saturn. Deux consoles qui ont toujours eu du mal à gérer correctement les adaptations de versus fighting arcade, notamment à cause des interminables temps de chargement imposés par le support CD, du manque de mémoire vive des machines et de la résolution au ras de pâquerettes. A l’image de beaucoup d’autres titres 2D de l’époque, SFTM version Playstation sera amputé de nombreuses frames d’animation sur les personnages et imposera de longues secondes de chargement avant chaque combat. Le constat ne s’arrêtent pas là puisque les sprites ont été réduits, leur palette de couleur revue à la baisse et la faible résolution donne aux personnages un côté pixelisé et terne du pire effet ! Le visuel n’était déjà pas au top en arcade, là on est carrément dans le sale, tendance bouillie de pixels. L’interface est du même tonneau, encore plus dépouillée qu’en arcade. Là où l’arcade nous jouait une petite animation vidéo lorsque l’on choisissait son perso, la version console affiche la même… mais sur fond bleu, comme si l’incrustation du décor avait été oubliée !

Heureusement, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles : Tous les décors sont inédits, chaque perso a le sien et ils sont fidèles au film (à défaut d’être tous beaux), les musiques sont plutôt bonnes, avec des remix sympas des thèmes connus en combat et des airs plus épiques tirés du film pendant les menus. On appréciera aussi l’intro toute en vidéo plein écran, ainsi que les nouveaux modes de jeu, en particulier le mode histoire qui suit (à peu près) la trame du film. Côté casting, il y a également du mieux avec la présence de Blanka et Dee-Jay, remplaçant avantageusement Blade. Ne vous réjouissez pas trop vite car ils sont d’une laideur abominable, genre malade de longue durée en fin de vie. Akuma est également de la partie, mais en perso caché et Sawada ressemble de plus en plus à Fei-Long sur cette version.

A ce stade, le pronostic sur la qualité finale du jeu s’avère mal engagé, mais on va tout de même se faire quelques parties pour voir si le gameplay aurait éventuellement évolué. Si vous sortez d’une partie sur arcade, plus rien ne fonctionnera, ou presque ! Les personnages ne réagissent plus du tout de la même manière, les combos de folie ne sont plus faisables, toutes les nouveautés de l’arcade ont disparues et les timings ressemblent étrangement à ceux de… Street Fighter II X ! Je ne sais pas si Capcom a voulu se rattraper après avoir découvert la catastrophique version arcade, toujours est-il que c’est bien l’éditeur historique de la saga lui-même qui s’est chargé de cette conversion console et ça se sent ! Et quoi de mieux pour remettre le jeux sur les rails de son prédécesseur que de reprendre le moteur de jeu de ce dernier ? En effet, SFTM sur consoles n’est autre qu’un 2X sur lequel un plaisantin de mauvais goût aurait collé des sprites numérisés touts crades ! Le jeu se paye même le luxe d’introduire une fonctionnalité qui ne sera utilisée dans la saga principale que 2 ans plus tard : les coups EX, versions survitaminées de coups spéciaux, puisant leur force dans votre barre de super. Les « effets spéciaux » (boules de feu, projectiles, explosion en cas de Super Finish…) ont également étés relookés afin de mieux coller à ce que nous avait habitué SFII. Très vite, le joueur de SF2 retrouve donc ses marques et pourra ressortir ses vieilles stratégies ! Si la barre de Super ne se remplissait pas si rapidement et si les EX n’étaient pas si abusés, on pourrait presque jouer à ce jeu en tournois !

Au final, la version console est hideuse, mais infiniment plus réussie niveau gameplay ! Relativisons tout de même par l’intérêt très limité de jouer à un clone moche de SF2X bourré de temps de chargements alors que l’original caresse la perfection. Les plus malins me rétorqueront que 2X n’arrivera sur Saturn et PS1 qu’en 1997 dans Street Fighter collection… Je leur répondrai que l’impertinence est un vilain défaut !

 

 

Arrêtons le massacre

Alors, que vaut le jeu du film du jeu ? Et bien, pas grand chose… La version arcade propose un gameplay riche mais absolument pas maitrisé associé à un visuel super kitsch, souvent amusant, jamais convaincant, inspiré de Mortal Kombat. Le jeu s’éloigne tellement de l’univers Street Fighter à tous les niveaux que l’on peut difficilement le considérer autrement que comme le vilain petit canard de la saga ! Certes, la version console, reprise en main par Capcom, rectifie un peu le tir, mais reste un jeu d’une qualité tout juste moyenne. Aujourd’hui, Street Fighter the Movie reste une curiosité qui fait marrer les potes qui n’ont connu que SF2 et SFIV, un dérapage improbable d’une des sagas les plus emblématiques du jeu vidéo, un ovni vidéoludique voué au crash !

 

 

La note du gros JYP (arcade) : 

La note du gros JYP (consoles) : 

 

Le fils indigne de la famille SF !

Un Street Fighter à la manière de Mortal Kombat, ça aurait pu être bien ! …ça aurait pu.

 

 

Ma vidéo de Gameplay sur 1 credit, version Arcade:

Ma vidéo de Gameplay sur 1 partie, version Playstation :

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Commentaires: 1 commentaire

Une réaction sur “Street Fighter : The Movie (Arcade)”

  1. psychogore dit :

    Bien choisi le 2eme screenshot de Cammy…

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