Retour sur les 23HBD 2016

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Compte rendu à chaud (ou presque) sur ce week-end vachement crevant (mais passionnant) des 23h de la BD du 26-27 Mars 2016.

En 2015, je découvrais et participais pour la première fois aux 23 heures de la BD dans le cadre du regroupement organisé par la médiathèque de Pont-à-Mousson (voir le compte-rendu ici). Le concept est simple : réaliser 24 planches en 23 heures pendant le week-end du passage à l’heure d’été, selon un thème et une contrainte imposés. Tout se passe en ligne via un site dédié, tout le monde peut participer et il n’y a rien à gagner, sinon un immense sentiment d’accomplissement ! Très satisfait de l’expérience, je comptais bien la réitérer en 2016 mais, pas de bol, aucun regroupement prévu à Pont-à-Mousson cette année… ni ailleurs dans l’Est ! Qu’à cela ne tienne, ça fait bien 4 mois que j’ai bloqué la date, je participerai, peut importe le lieu et la compagnie !

Au final, je reste à la maison, squattant et aménageant la petite chambre du fond, afin de ne pas être dérangé et surtout pour ne pas embêter ma chère et tendre (il paraît que je suis chiant quand je dessine… :D). Le vendredi 25 au soir, j’aménage donc mon petit terrier avec un certain amusement et beaucoup d’excitation. Installation du matos et des logiciels nécessaires sur l’ordi déjà présent dans la chambre, ajout d’un plus gros écran, mise en place de la machine à café, des vivres, des stylos, du papier, sans oublier les goodies et autres gadgets pour le fun telles que les affiches des 23H ou les oreilles de lapin !

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Petite photo annotée prise le vendredi soir.

 

Le vendredi soir, tout est prêt, je prend même le temps de faire une petite illustration à la main (histoire d’essayer les crayons… même si  ils ne serviront qu’aux esquisses). Allez, je m’offre une bonne nuit de sommeil car je risque de rester éveiller longtemps le lendemain.

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Scenario catastrophe et feutre trop baveux…

 

Samedi matin, je règle toutes les « affaires » qui nécessitent que je sorte de la maison afin d’être sûr de ne plus être dérangé par la suite. Après un excellent repas préparé par ma chère et tendre qui me soutien à 100%, je me retrouve prêt, dans les starting blocks dès 12h30, soit une demi-heure avant l’envoi du sujet et donc le début du défi ! J’ai même le temps de siroter un premier café et de faire un second dessin où je me projette 23 heures en avant…

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Premier café et dessin d’anticipation

 

13 heures, le sujet tombe, c’est Davy Mourier, parrain de l’événement cette année (que j’avais eu la chance de rencontrer à l’époque de Chimère lors d’un festival de court métrage) qui annonce le thème sur sa chaîne Youtube, celui-ci est « Western ». Sans être vraiment déçu, je ne saute pas au plafond : c’est un peu trop vague à mon goût et je n’aime pas trop dessiner les chevaux. Par contre, je pense aux étendues désertiques et me dis que les décors seront assez simple à réaliser (à ce moment, je n’ai aucune conscience que les décors seront bientôt les derniers de mes soucis). Je me connecte vite fait sur le site officiel des 23H pour y découvrir la contrainte : « Un des personnages doit porter une grosse horloge ». Là, je suis assez satisfait, c’est moins compliqué que celle de l’an dernier où il fallait faire une caricature de David Hasseloff.

Pendant une bonne heure, je note des idées, discute du thème avec ma femme, surveille les réactions des autres participants sur Facebook et je gribouille quelques trucs bateau. L’inspiration ne vient pas tout de suite, mais ça ne m’inquiète pas, je suis toujours long à « chauffer ». Comme d’habitude, je veux éviter de tomber dans les clichés habituels. Western, OK, mais on pourrait changer un peu l’image du cow-boy… De cette simple idée, je décide d’inverser les rôles en mettant en scène des « boy-cow », des vaches humanoïdes à l’allure de cow-boy. Bon, ça n’est pas vraiment nouveau, j’ai déjà vu ça dans le jeu d’arcade « Wild West Cowboys Of Moo Mesa ». Rapidement, d’autres idées me viennent, découlant de la première. J’inverse les rôles entre humains et animaux et j’évite ainsi de devoir dessiner de vrais chevaux à 4 pattes !

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Feuille d’idées

 

Avant d’attaquer le story board, je réfléchis à la contrainte du personnage à l’horloge. En le griffonnant (toujours sous les traits d’une vache) j’ai l’image d’une sorte déménageur et je pense alors aux « Déménageurs Bretons »… L’ouest, la Bretagne, les vaches normandes… y’a moyen de faire quelque chose ! Je décide donc de situer mon action dans l’ouest… de la France ! Si l’idée était bonne sur le papier, je ne saurai pas l’exploiter de façon optimale et j’alternerai entre une imagerie Western et des éléments propres à la Normandie, ce qui ne sera pas très cohérent. Ça m’apprendra à vouloir partir dans trop de directions !

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Premier croquis du déménageur Breton

 

Ayant les grandes lignes de mon histoire en tête, j’attaque le story-board, étape cruciale selon moi car elle me permet d’être certain d’avoir le bon nombre de pages et ainsi être plus zen pour la suite. Les dessins du story board sont très sommaires, ce qui laissera beaucoup de place à l’improvisation des cadres lors du dessin final, que j’ai choisi de réaliser entièrement à la tablette graphique cette année.

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Story-board de la page 1

 

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Story-board de la page 4

 

C’est en réalisant le story board que les personnages s’étoffent et obtiennent leur design définitif. Idem pour l’histoire en détails et les textes qui se définissent petit à petit. Une fois le story board terminé, je sais précisément à quoi ressemblera la BD et je fais des croquis des personnages principaux  pour fixer définitivement leur look.

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Croquis du héros

 

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Croquis d’Alphonse Baudet

 

Je ne sais plus quelle heure il était quand j’ai attaqué le dessin pur et dur… Ce qui est sûr, c’est que j’ai fermé les groupes Facebook, les salons de discussions et les forums où j’avais promis de passer car je me rend compte que j’ai encore énormément de taf ! Je commence à prendre conscience que j’ai peu de chances de finir vers 3h du mat’ comme c’était le cas l’an dernier…

Comme prévu, j’attaque le dessin à la tablette, sous Illustrator, avec une technique proche de celle utilisée dans ma BD Jules Teugnat. Je fais un 1er encrage en noir avec l’outil pinceau, puis un second en gris sur le calque inférieur pour les ombres. Je fais la première planche en intégralité (encrage + ombres) et je me rend compte que faire les ombres et les coloriages en gris prennent un temps fou, surtout pour la première case… Je commence à flipper un peu et décide de me concentrer sur l’encrage et de voir si j’ai encore le temps de faire les ombrages une fois les 24 planches bouclées.

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Encrage noir

 

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Encrage noir + ombres grises

 

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Page terminée avec les cadres

 

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Aperçu des vecteurs

 

L’encrage est long, fastidieux, les phases de motivation et de découragement s’alternent. Par moment, le temps semble se figer, à d’autres moments une heure passe en quelques secondes ! Depuis le début du défi, je m’offre une unique pause de 30 mn, le temps du souper. Heureusement que ma chérie est là pour me bichonner et s’occuper de l’intendance ;-). Les planches s’enchaînent, la nuit file plus vite que je ne le voudrais, mes doigts me font un peu souffrir mais pas question de perdre le rythme. Le timing me fait vraiment peur, j’en arrive à me résigner à ne décrocher qu’un lapin d’argent. Histoire de tenter malgré tout de ne pas être hors-délai, je bâcle un peu les dessins (surtout les décors) et j’use de subterfuges que je ne voulais pourtant pas utiliser, à savoir le copier-coller de certaines poses et éléments. Au final, tout ceci s’avérera payant puisque je termine l’encrage de la dernière planche un peu avant 9h le dimanche matin. Je n’ai pas du tout dormi mais je n’ai pas encore sommeil et me sent même chaud pour m’attaquer aux ombres, rassuré par les 4 heures que j’ai encore devant moi.

10h20, tout est bouclé (ok, j’ai un peu torché les ombres, mais ça ne se sent pas trop et ça donne quand même un relief sympa à l’ensemble). Le temps de convertir mes fichiers Illustrator en jpg et je peux tout balancer sur le site des 23h et ainsi décrocher mon lapin d’or ! Je découvre avec plaisir que les serveurs du site sont bien plus performants que lors de l’édition 2015 où il était difficile d’uploader ses planches après 5h du mat. Il ne me reste plus qu’une chose à faire : m’affaler sur le lit avec mes chats et prendre quelques heures de sommeil bien mérité.

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Le lapin d’or !

 

Alors, quel est le bilan ? Globalement très positif : j’ai pris plaisir à participer, je suis plutôt satisfait de mon travail et j’ai réussi à tout rendre dans les temps sans trop me faire peur. Le choix du 100% numérique était une fausse bonne idée. Certes, le résultat est bien plus clean que ma BD de 2015 que je trouve trop rigide et plate, la faute à un encrage direct au stylo qui me rendait un peu frileux sur le dynamisme des traits. En revanche, le fait de pouvoir corriger chaque vecteur m’a fait perdre un temps précieux au début ! J’avais beau savoir qu’il ne fallait pas que je m’attarde sur les détails, je ne pouvais m’empêcher de redresser une courbe tremblotante ou de raccourcir un trait qui en traversait un autre… Au final, la BD perd en homogénéité avec un début plus léché que le reste. Je regrette également d’avoir utiliser autant de copié-collé dont certains sont un peu trop flagrants. Quand à l’histoire, même si je suis assez content du fond, je trouve mes textes un peu trop aseptisés et moins crus qu’à mon habitude… me serais-je auto-censuré inconsciemment ? Par contre, je suis plutôt content des tronches de mes personnages ! L’an dernier, j’avais joué la sécurité en ne dessinant que des persos que je maîtrisais déjà, là c’était un peu plus risqué, un peu plus long aussi, mais je ne le regrette pas.

Une excellente expérience donc, qui permet de se dépasser et d’explorer des choses que l’on ne tenterait pas dans sa zone de confort habituelle et qui me motive pour tous mes projets dessin/BD à venir ! J’attends déjà l’édition 2017 où j’espère retrouver un rassemblement, car les 23h BD c’est comme pas mal d’autres trucs : tout seul c’est sympa mais un peu triste !

 

Voir mes planches sur le site officiel des 23HBD

Lire la BD sur ce blog (HD)

 

 

 

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Commentaires: 4 commentaires

4 réactions sur “Retour sur les 23HBD 2016”

  1. jgab dit :

    merci d avoir mis en ligne ce descriptif , de la méthode et de ta gestion du stress 🙂
    on va pouvoir se reposer ( demain y a lundi dodo )

    quitte a avoir speeder sur un dessin , avec du gris en ton, le dessin rapide aurait peut etre poser moins de soucis avec photoshop ? ( mais pas de correction des trait par deplacement, faut jouer sur les allez retour , et reduire les calques ) changer de soft en cours de route aurais ete perdurbant,
    j avais merder sur photoshop aussi en 2014 🙂 comme quoi , ( j ai fait un decalcage au feutre avec ma table-lumineuse et essayer de colorier aux crayons de couleur mais j ai caler et perdu du temps et stresser )
    j avais fais mes marges en A4 pour pas déborder et en cas de retard en A5 mais j en avais pas eu l utilité
    allez sur ce bonne soiré a toi et a ta tendre 🙂

    • JYP dit :

      Je pense que je n’aurais pas gagné de temps sous Toshop, j’en aurais même perdu vu que je n’ai pas l’habitude de dessiner dessus 😀 Je vais tâcher d’être plus organisé l’an prochain !

  2. Martin Michel dit :

    Je viens de lire ton marathon-BD et je suis enthousiasmé par cette superbe course à travers ma Normandie natale!!! Tu ne le savais sans doute pas, mais le paysage d’Etretat m’est familier!!
    Bravo Jean-Yves et bravo à ta copine qui te « supporte » et est aussi ta « muse »!! J’ai d’autant plus l’espoir de trouver un moment pour boire un verre et discuter avec toi. Je te signale que je serai absent de St Dié du 14 au 30 avril : je pars avec ma femme pour un petit périple notamment en Normandie (qui n’est pas la Bretagne)!
    Au plaisir de te lire.
    Ton vieux prof :M.Martin.

    • JYP dit :

      Merci pour votre commentaire ! Bon séjour en Normandie si on ne se voit pas d’ici là. Ma chère et tendre ajoute « et c’est pas facile tous les jours de le supporter » 😀

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